« MITHOLZ L'HERITAGE EXPLOSIF» LE SUNDAY BRIEF - Épisode 12 Durée: 12 minutes

19 décembre 1947. Un dépôt militaire explose dans l'Oberland bernois. 9 morts. 3500 tonnes de munitions pulvérisées.

Mais l'autre moitié dort toujours sous les gravats. Et en 2018, l'armée suisse a découvert que le danger était bien plus grave qu'annoncé pendant 70 ans.

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MITHOLZ
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RÉSUMÉ

En 2033, 170 habitants de Mitholz devront quitter leur village de l'Oberland bernois. Pour au moins 12 ans. La raison ? 3'500 tonnes de munitions de la Seconde Guerre mondiale dorment sous leurs pieds depuis 1947.

Cette nuit-là, le 19 décembre 1947, l'un des plus grands dépôts de munitions du Réduit national a explosé. 9 morts, dont 4 enfants. Plus de 100 bâtiments détruits. Et la moitié des munitions qui n'ont jamais explosé.

Pendant 70 ans, on a cru le danger maîtrisé. Jusqu'en 2018, quand les experts ont découvert que le risque était "inacceptable". Aujourd'hui, la Suisse s'apprête à dépenser 2,59 milliards de francs pour le plus grand chantier de déminage de son histoire.

Dans cet épisode du Sunday Brief, on vous raconte l'histoire de Mitholz : la catastrophe de 1947, la chimie mortelle de l'azoture de cuivre, les familles qui doivent partir, et le prix de la neutralité suisse.

ÉPISODE COMPLET

Mitholz : La Bombe à Retardement de l'Armée Suisse

19 décembre 1947, 21h18. La montagne explose.

Trois détonations successives déchirent la nuit de l'Oberland bernois. Des flammes de 150 mètres s'élèvent dans le ciel. Des blocs de roche de plusieurs tonnes sont projetés à des centaines de mètres. La falaise s'effondre, ensevelissant une partie du dépôt de munitions que l'armée suisse avait creusé dans la montagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Neuf personnes perdent la vie. Le village de Mitholz est dévasté. La gare de Blausee-Mitholz est détruite.

Les habitants appellent cette nuit le "Chnütsch" — un mot en dialecte bernois qui évoque le chaos, l'écrasement, la destruction totale.


7000 tonnes de munitions. La moitié a explosé.

Dans les galeries creusées dans la falaise de la Flue, l'armée avait entreposé environ 7000 tonnes de munitions : grenades, bombes, cartouches. Le soir du 19 décembre 1947, environ 3500 tonnes ont explosé ou brûlé.

L'autre moitié est toujours là.

Ensevelie sous 250 000 m³ de gravats. Inaccessible. Instable.


70 ans de silence

Après la catastrophe, l'armée a sécurisé le site, muré les galeries, et conclu que le risque résiduel était "acceptable". En 1949, puis en 1986, des rapports ont confirmé cette position.

Le village a été reconstruit. Les habitants sont revenus. La vie a repris.

Pendant sept décennies, Mitholz a vécu au-dessus d'une bombe à retardement.


2018 : La découverte accidentelle

En 2017, le Département fédéral de la défense lance le projet "Kastro II" : un centre de données sécurisé dans les anciennes installations militaires de Mitholz. Pour les besoins du projet, une nouvelle évaluation des risques est commandée.

Les conclusions, rendues en juin 2018, font l'effet d'une bombe.

Contrairement aux rapports précédents, les experts estiment que :

  • Les munitions restantes sont plus nombreuses qu'estimé
  • Elles sont concentrées en certains points, créant des zones à haute densité explosive
  • Le risque d'explosion spontanée est "inacceptable"

La ministre Viola Amherd se rend personnellement à Mitholz pour annoncer la nouvelle aux habitants.


Le plan : CHF 2,59 milliards et 25 ans de travaux

Le Parlement a approuvé un crédit de CHF 2,59 milliards pour l'assainissement complet du site. Le calendrier prévu :

Phase Période Actions
Préparation 2022-2027 Sondages, protection du rail et de la route
Protection 2027-2032 Ouvrages de sécurité, préparation évacuation
Déminage 2033-2040 Élimination des munitions
Remise en état Après 2040 Reconstruction, retour des habitants

Retour prévu de la population : fin 2045.

Une partie des habitants (environ 50 personnes) devra quitter le village pendant les travaux. D'autres pourront rester, avec des restrictions. Des familles agricoles ont déjà été relocalisées.


Un précédent oublié : Fort de Dailly, 1946

Mitholz n'était pas la première catastrophe.

Le 28 mai 1946, 18 mois avant Mitholz, trois magasins de munitions ont explosé dans le Fort de Dailly, près de Saint-Maurice. Dix ouvriers sont morts. 449 tonnes de munitions ont été pulvérisées.

La cause ? La même qu'à Mitholz : décomposition spontanée de la nitrocellulose.

Les mesures de sécurité décidées après Dailly n'avaient pas encore été appliquées à Mitholz quand la catastrophe s'est produite.

Ces deux explosions ont conduit la Confédération à une décision radicale : immerger des milliers de tonnes de munitions dans les lacs de Thoune, Brienz et des Quatre-Cantons. Un autre problème qui refait surface aujourd'hui — au sens propre.


Ce que révèle Mitholz

L'histoire de Mitholz n'est pas seulement celle d'une catastrophe. C'est celle d'un secret d'État maintenu pendant 70 ans. D'une armée qui a minimisé le danger. D'un village qui a vécu sans savoir.

Et d'une facture de 2,59 milliards que la Confédération paie aujourd'hui — pour une erreur commise il y a 80 ans.


Sources :

  • DDPS (vbs.admin.ch) — Ancien dépôt de munitions de Mitholz
  • Archives fédérales suisses (bar.admin.ch)
  • RTS Info — Dossier Mitholz
  • Le Temps — "La Confédération va dépenser 2,6 milliards pour éliminer les munitions de Mitholz"
  • swissinfo.ch — "Une menace silencieuse"
  • Wikipedia DE — Explosionskatastrophe von Mitholz
  • Wikipedia FR — Explosion du fort de Dailly

LE SUNDAY BRIEF Ⓒ SWISS CULTURE DIGEST

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